OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT
sur
Risques et dangers pour la santé humaine
de substances chimiques d’usage courant :
éthers de glycol et polluants de l’air intérieur.
Évaluation de l’expertise publique et des choix opérés
Tome I : Conclusions du rapporteur
par Mme Marie-Christine BLANDIN,
Sénateur.
Déposé sur le Bureau de l'Assemblée nationale par M. Claude BIRRAUX Premier Vice-président de l'Office |
Déposé sur le Bureau du Sénat par M. Henri REVOL Président de l'Office | ||||
SOMMAIRE
Pages
introduction 12
PREMIèRE PARTIE : Le passage de La prévention à la précaution ET L’INTéRêT DU THèME SANTé ENVIRONNEMENT 15
I. questions et notions sur des polluants d’usage courant 16
A. LE CARACTÈRE COMPLÉMENTAIRE DES DEUX SAISINES DE L’OPECST 16
B. LES QUESTIONS POSÉES A L’OPECST ONT-ELLES DÉJÀ REÇU
DES RÉPONSES ? 18
1. Les éthers de glycol 18
2. Les polluants d’usage courant 20
C. LES DIVERSES APPROCHES POUR RÉPONDRE AUX QUESTIONS POSÉES 22
1. L’approche par la substance chimique 22
2. L’approche par les catégories de produits ou par les produits 24
3. L’approche par le milieu de vie : travail, domicile, autres milieux de la vie quotidienne 25
4. L’approche par les pathologies 27
5. L’approche par les populations sensibles 30
6. L’approche par l’évaluation du risque sanitaire cumulatif lié à des expositions environnementales multiples 31
7. La classification des agents environnementaux cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (agents CMR) 32
a) La classification des agents environnementaux cancérogènes 32
b) La classification des agents environnementaux mutagènes 36
c) La classification des agents environnementaux toxiques pour la reproduction 36
D. L’IDENTIFICATION DES PRIORITÉS DE SANTÉ PUBLIQUE 40
II. LA MESURE DE l’impact sanitaire DE POLLUANTS d’usage courant 48
1. L’identification des substances et des produits polluants 50
2. La marge de sécurité 51
3. La dose 54
4. La relation dose-effet ou dose réponse 56
5. L’exposition 59
C. L ’INFORMATION DU CONSOMMATEUR 66
1. L’étiquetage 67
2. Les pictogrammes de danger 68
3. Les notices des produits 72
4. Les plaquettes d’information grand public 72
5. L’éducation 73
6. L’information du travailleur 74
deuxième PARTIE : LES éthers de glycol et les polluants
de l’air intérieur 77
I. Les éthers de glycol 77
A. LA PORTÉE DE LA SAISINE DE L’OPECST 86
B. L’ÉTAT DE LA RECHERCHE SUR LES ÉTHERS DE GLYCOL 92
C. L’IMPACT DES ÉTUDES ANTÉRIEURES SUR L’UTILISATION DES ÉTHERS DE GLYCOL 105
1. Rappel de la réglementation relative aux éthers de glycol 106
2. Classification européenne des éthers de glycol dangereux 109
3. Réglementation concernant les travailleurs – la plus contraignante d’Europe 109
D. LES DANGERS DE L’EXPOSITION PROFESSIONNELLE AUX ETHERS DE GLYCOL 113
E. L’ACTUALITÉ DES INTERROGATIONS, DES ÉTUDES, DES RECHERCHES ET DES CONTRÔLES SUR LES ÉTHERS DE GLYCOL 118
1. La réglementation applicable à la cosmétologie 118
2. La police sanitaire exercée par l’AFSSAPS face à l’utilisation d’éthers de glycol dangereux dans les cosmétiques 119
II. Les POLLUANTS D’USAGE COURANT dans l’air intérieur 133
A. LA PORTÉE DE LA SAISINE DE L’OPECST 134
B. L’ÉTAT DE LA RECHERCHE SUR LES POLLUANTS DE L’AIR INTÉRIEUR 139
C. LA RÉGLEMENTATION 143
1. La réglementation des produits chimiques en France 143
2. La réglementation de l’usage des polluants organiques persistants (POP) 143
3. Le système REACH (Registration, Evaluation, Authorization and restriction of CHemicals ou enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des produits chimiques) 144
a) La réglementation actuelle des substances chimiques (103.000 substances) 145
b) La réglementation REACH (30.000 substances) 145
c) Les biocides et REACH 147
d) Les critiques adressées au système REACH par les industriels 148
e) Approche politique 150
f) L’appréciation critique de REACH 151
g) L’Europe au-delà de REACH et l’international 153
4. Les cosmétiques 153
5. Les pesticides 158
D. LES POLITIQUES MENÉES 159
1. Le code du travail 159
2. Les plans nationaux santé-environnement et santé-travail 159
3. L’utilisation des polluants organiques persistants 160
III. les Mélanges chimiques 162
IV. LES SUBSTANCES DE SUBSTITUTION 166
troisième partie : l’air intérieur, milieu d’élection
de polluants dangereux pour la santé humaine 171
I. Les « boîtes » à vivre 174
A. LES ÉMISSIONS DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION ET DE DÉCORATION 175
1. L’évaluation des émissions des produits de construction et de décoration 175
2. Les composés organiques volatils dont le formaldéhyde 176
B. LES ÉMISSIONS DU MOBILIER 179
1. Les meubles 179
2. Les tapis 180
C. LES ÉMISSIONS DUES AUX COMPORTEMENTS 181
1. La fumée de tabac environnementale 181
2. Les désodorisants d’intérieur 184
D. LES ÉMISSIONS LIÉES AUX ACTIVITÉS 185
1. Le placard des produits ménagers 185
a) Les nettoyants multi-usages 186
b) Les lave-vitres 186
c) Une prise de conscience nécessaire 186
2. L’armoire de beauté 187
3. Le placard du bricoleur 189
4. Le placard du jardinier du dimanche 189
E. LA CAMPAGNE NATIONALE SUR L’AIR DES LOGEMENTS 190
II. Les « boîtes » à voyager 195
A. LES TRANSPORTS EN COMMUN 195
1. Les boîtes sur rail : le métro et les trains (gares et réseaux souterrains) 195
2. Autobus 205
3. Avions 205
B. L’AUTOMOBILE 205
1. L’habitacle des automobiles 205
2. Les parcs de stationnement couverts 206
III. Les « boîtes » à loisirs 209
A. LES « BOÎTES À TABAC » 209
1. Les discothèques 209
2. Les bars à chichas 209
quatrième partie : La recherche, la veille, l’alerte
et l’expertise face aux éthers de glycol
et aux polluants de l’air intérieur 212
I. quelques principes de sécurité sanitaire 213
II. quelle restRucturation pour les acteurs de la sécurité
en santé-environnement ? 218
A. LA CRÉATION SUCCESSIVE D’INSTANCES DISPARATES 219
1. l’INRS, Institut national de recherche et de sécurité
(créé en 1947 et transformé en 1968) 220
2. Le C.S.T.B, Centre scientifique et technique du bâtiment (créé en 1947) et l’O.Q.A.I, Observatoire de la qualité de l’air intérieur (créé en 2001) 221
3. La Commission de la sécurité des consommateurs (CSC) (créée en 1983) 225
4. Les ORS, Observatoires régionaux de santé (créés en 1984) 230
5. L’INERIS, Institut national de l’environnement industriel et des risques industriels et scientifiques (créé en 1990) 231
6. Le Comité de la prévention et de la précaution (créé en 1996) 233
7. L’InVS, Institut de veille sanitaire (créé en 1998) 233
8. L’AFSSET, Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (créée en 2001) 234
9. L’INPES, Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (créé en 2002) 234
10. L’IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (créé en 2001) : le cas du radon 236
11. La Commission d’évaluation de l’écotoxicité des substances chimiques – remplacée par la Commission des produits chimiques et des biocides en 2004 237
12. Le Haut Conseil de la santé publique (créé en 2004) 237
13. Le B.E.R.P.C (créé en 2005) 238
14. La Commission d’étude de la toxicité des produits antiparasitaires à usage agricole et des produits assimilés 239
B. VERS UNE RESTRUCTURATION D’ENSEMBLE 239
III. quelques exemples d’alerte liés à la sécurité santé environnement 242
A. LES CENTRES ANTIPOISON (CAP) ET LES CENTRES DE TOXICOVIGILANCE (CTV) 242
1. La pénurie de toxicologues 242
2. La paupérisation des centres antipoison 245
B. L’INSTITUT NATIONAL DE LA CONSOMMATION ET L’UFC 249
C. DES LANCEURS D’ALERTE 257
D. UNE ALERTE SANS PANIQUE 260
IV. une tête de réseau en charge de l’expertise santé environnement ? 264
A. L’EXEMPLE DE L’AFSSET 264
1. Les difficultés de la mission de l’AFSSET 264
2. Le rapport des quatre inspections 265
3. Les échos d’une dissension au sein de l’AFSSE 266
4. L’appréciation de l’OPECST sur l’AFSSE en 2005 et sur l’AFSSET en 2006/2007 266
5. L’évaluation des méthodes de travail scientifique de l’AFSSE 268
B. UNE AFSSET EXEMPLAIRE 271
conclusion 273
propositions de recommandations 278
examen du rapport par l’office 286
liste des Annexes 297
annexe 1 : Les saisines de l’OPECST 299
annexe 2 : liste alphabétique des organismes et des personnes auditionnés 303
annexe 3 : réflexions et suggestions du rapporteur
au vu des conclusions des débats
dits du « grenelle de l’environnement » 309
annexe 4 : charte éthers de glycol – ASSOCIATION EUROPÉENNE
DES PRODUCTEURS DE SOLVANTS OXYGÉNÉS (OSPA) 336
annexe 5 : glossaires 342
annexe 6 : adresses internet des sites relatifs à la santé
et aux polluants d’usage courant 366
annexe 7 : INSTANCES EN CHARGE DES PRODUITS CHIMIQUES 375
C’est dans un contexte social marqué par une prise de conscience accrue des dangers pour la santé humaine pouvant résulter de l’usage courant ou même exceptionnel de substances et produits chimiques, et après le vote de la Charte de l’environnement donnant au principe de précaution la force d’un principe constitutionnel que sont intervenues deux saisines1 de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, l’une sur les éthers de glycol, famille importante de solvants, et l’autre sur les polluants de grande consommation.
A la suite de l’étude préalable à laquelle procède traditionnellement l’Office, ces deux saisines ont été refondues en une seule en limitant la portée globale de l’étude aux risques et dangers pour la santé humaine des éthers de glycol et des polluants d’usage courant présents dans l’air intérieur mais en l’étendant à l’évaluation de l’expertise publique et des choix opérés en matière de santé environnementale
Le présent rapport commencera par resituer l’intérêt du thème santé environnement, d’apparition relativement récente, par rapport aux préoccupations de l’OPECST et par rapport aux polluants d’usage courant à propos desquels il est indispensable de clarifier quelques notions de base avant d’en mesurer l’impact sanitaire.
Puis seront traités, en deuxième partie, les éthers de glycol et les polluants d’usage courant d’une manière générale avant d’aborder, en troisième partie, la présence des polluants d’usage courant dans l’air intérieur.
Enfin, en quatrième partie, sera traité le thème de la seconde phrase de l’intitulé du présent rapport, à savoir la pertinence de l’expertise relative à la santé environnementale.
Puis des propositions de recommandations seront faites pour tirer les leçons des oublis ou erreurs éventuellement constatés dans l’appréhension des impacts sanitaires des éthers de glycol comme des polluants d’usage courant présents dans l’air intérieur.
Le sens de la démarche suivie dans ce rapport part du constat que la reconnaissance du principe de précaution comme principe constitutionnel doit se répercuter sur l’ensemble du dispositif de sécurité sanitaire et environnemental, construit jusqu’alors sur la seule prévention.
Certes, le principe de prévention déclenche l’action quand les certitudes scientifiques sont acquises mais l’analyse des crises de sécurité sanitaire comme celle de l’amiante a montré la durée du délai d’inaction qui accompagne la recherche de ces certitudes : souvent plusieurs décennies, parfois endeuillées de milliers de victimes.
Le principe de précaution, lui, suppose d’agir en fonction d’éléments de preuves mais sans attendre de certitudes absolues. C’est un principe d’action parce qu’il implique de se donner les moyens d’anticiper l’impact sanitaire et social à partir d’éléments de preuves et aussi d’indices, de signaux même faibles, d’alertes lancées, y compris par des citoyens, usagers et professionnels extérieurs à l’appareil institutionnel d’expertise. C’est aussi un principe éthique parce qu’il est protecteur pour la population.
La question des éthers de glycol illustre un cas de figure très représentatif des risques encourus par la santé de la population du fait de l’exposition aux solvants ; d’autres risques résultant des polluants de l’air intérieur.
Cela conduit à revoir les processus d’alerte et d’expertise, dans la continuité de la réflexion entamée par l’Office sur ce thème avec le colloque de décembre 2005, et à en examiner les conséquences en termes de disciplines scientifiques, l’enjeu étant de construire les sciences de l’anticipation.
PREMIÈRE PARTIE :
LE PASSAGE DE LA PRÉVENTION À LA PRÉCAUTION
ET L’INTÉRÊT DU THÈME SANTÉ ENVIRONNEMENT
Au préalable, doivent être définis des termes qui reviennent sans cesse dans ce rapport, à savoir ceux de substance, de produit, de danger, de risque et d’exposition. D’autant que les mots, substance et produit comme les mots danger et risque sont souvent employés les uns ou les autres dans le langage courant. Les définitions données ne sont pas celles du dictionnaire mais sont simplement destinées à faciliter la lecture.
Une substance est un élément chimique à l’état naturel ou obtenu par tout procédé de production.
Un produit est un assemblage de substances provenant de la transformation d’une ressource naturelle par un traitement chimique.
Un danger est une propriété de nuisance propre à une substance ou un produit donné.
Un risque est la probabilité d’être exposé à un danger.
Une exposition est la manière selon laquelle un individu est au contact d’une substance.
QUESTIONS ET NOTIONS SUR DES POLLUANTS D’USAGE COURANT2
Lors de la présentation de l’étude préalable, votre Rapporteur a proposé à l’Office de regrouper en un seul rapport, les thèmes des deux saisines pour :
- inventorier le contenu des placards à produits dangereux d’un domicile ordinaire – dont le placard des produits ménagers, le placard du bricoleur et le placard du jardinier du dimanche, sans oublier l’armoire d’hygiène et de cosmétiques et l’armoire à pharmacie avec ses accessoires dont le thermomètre à mercure,
- apprécier l’étiquetage, le mode d’emploi et les usages, normaux et anormaux, des produits rangés dans ces placards,
- évaluer les moyens utilisables pour mesurer la dangerosité sur la santé humaine des polluants de grande consommation rencontrés dont les éthers de glycol, et, ce, notamment dans l’air intérieur,
- évaluer l’expertise publique française dans son cadre européen en ce domaine,
- évaluer les choix scientifiques et technologiques opérés.
Dans sa séance du 20 mars 2006, l’Office a décidé de traiter en un seul rapport les thèmes des deux saisines sous l’intitulé suivant :
« Risques et dangers pour la santé humaine de substances chimiques d’usage courant : éthers de glycol et polluants de l’air intérieur. Évaluation de l’expertise publique et des choix opérés ».
LE CARACTÈRE COMPLÉMENTAIRE DES DEUX SAISINES DE L’OPECST
A travers les deux saisines de l’Office se manifeste une inquiétude grandissante sur les effets sur la santé humaine, insidieux ou non, de substances ou produits chimiques peu ou mal identifiés.
Il s’agit là d’une question de santé environnementale.
Selon l’O.M.S3, « la santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures ».
La double saisine de l’Office porte sur l’identification de substances chimiques ou de produits dangereux et sur la nature de leurs effets sur l’homme.
Au-delà de cette identification, plus ou moins aisée, le présent rapport ambitionne d’abord de décrire le système français de veille, d’alerte et d’expertise en matière de substances chimiques et de produits de nature à présenter des dangers et des risques pour la santé humaine puis de porter un jugement sur sa qualité et de suggérer des propositions pour son amélioration.
Au préalable, certaines ambiguïtés doivent être dissipées comme celle résultant d’une confusion terminologique sur le mot environnement.
« Environnement », en français, n’inclut pas obligatoirement la notion de modes de vie alors que la notion d’« environment », en anglais, comprend les modes de vie. C’est dans l’acception française que ce mot sera employé ici.
Avant de décider d’entreprendre l’élaboration du présent rapport une étude préalable a permis à l’OPECST de répondre à un certain nombre de questions comme, par exemple : les questions posées à l’OPECST ont-elles déjà reçu des réponses satisfaisantes ? Dans la négative, quelles approches choisir pour y répondre ? Comment mesurer l’impact sanitaire des polluants d’usage courant ? Quelle est l’actualité des interrogations, des études et des recherches, des contrôles sur les éthers de glycol et sur les autres polluants d’usage courant ?
Le détail de ces réponses sera donné ci-dessous pour chacune des deux saisines dont la complémentarité est évidente puisque, pour l’individu, l’usage d’un éther de glycol ou d’une autre substance chimique préoccupante présente dans l’air intérieur altérera de la même manière sa santé.
Autre point commun, nombre de substances ou produits d’usage courant, plus ou moins dangereux en eux-mêmes, peuvent faire courir de réels risques soit par un mauvais usage, soit par l’accumulation d’usages de substances ou produits qui par un usage autonome n’auraient entraîné qu’un risque limité, voire inexistant.
LES QUESTIONS POSÉES A L’OPECST ONT-ELLES DÉJÀ REÇU DES RÉPONSES ?
- Champ d’investigation : environ 80 éthers de glycol (EDG).
- Études déjà menées : l’expertise collective menée par l’INSERM en 1999 actualisée par une nouvelle expertise collective de l’INSERM4 en 2005, à la demande de l’AFSSE.
- Études en cours : nombreuses (les principales sont rappelées dans le I.A de la deuxième partie du présent rapport).
- Mesures intervenues : réglementations et interdictions successives des EDG reprotoxiques ; le nombre des éthers de glycol concernés est passé de 4 à 9.
- Questions en suspens : elles sont de deux sortes. Celles auxquelles l’OPECST ne peut pas répondre, par exemple, parce qu’elles nécessitent de nouvelles investigations chimiques, toxicologiques, épidémiologiques : est-il certain que les quarante éthers de glycol actuellement utilisés soient tous dangereux et dans quelle mesure et faut-il subordonner à une telle certitude toute restriction de leur usage ? Et les questions auxquelles l’OPECST peut tenter de répondre à la lumière des données existantes : toutes les études internationales ont-elles été prises en compte ? A-t-on suivi une approche recherchant à évaluer les risques, ou bien seulement dressé un inventaire des dangers prouvés ? Des expertises ont-elles été menées pour répondre à la question des risques encourus ?
Conclusion : face à la quarantaine d’éthers de glycol développés industriellement, des dangers ont été identifiés et des mesures d’interdiction ou de limitation ont été prises. Pour l’avenir, de nouveaux éthers de glycol sont susceptibles d’être mis sur le marché. L’efficacité des systèmes de veille, d’alerte et d’expertise mis en place est-elle à même de garantir l’innocuité de ceux en circulation et d’empêcher l’émergence de nouveaux risques ?
Les connaissances nouvelles apparues (par exemple, celles résultant des études El ZEIN en 2002 ou MULTIGNER en 2007) font apparaître un impact durable sur la santé reproductive des personnes exposées (malformations ou baisse de la qualité du sperme), qui reste acquis même après cessation de l’exposition. Ces données amènent à reconsidérer l’impact des expositions des années 1960 à 1990, période précédant la réglementation réduisant sensiblement l’exposition des populations aux éthers de glycol les plus reprotoxiques. La mise en évidence d’une atteinte génétique chez les enfants des travailleuses mexicaines examinées dans l’étude EL ZEIN pose la question du risque cancérogène chez les enfants des personnes exposées ; une situation qui pourrait donc se rapprocher de celle observée chez les enfants de femmes ayant été exposées au distilbène entraînant un cancer du vagin chez leurs filles.
De même, le retrait d’un médicament à la suite de plusieurs cas sévères d’insuffisance rénale, dont un mortel, conséquence de la reformulation de ce médicament en y incluant un éther de glycol, le DEGEE, a posé la question de l’évaluation du rôle des éthers de glycol dans cette pathologie, par ailleurs en croissance régulière, sachant qu’un autre éther de glycol, l’EGBE, a été signalé comme induisant cette même toxicité rénale.
Cela a pu apparaître d’autant plus préoccupant que ce même EGBE a été substitué à des éthers de glycol retirés du marché et qu’une longue série d’études a mis en évidence des effets vasculaires de cette substance chez l’animal. Cette substance présente par ailleurs un potentiel reprotoxique qui nécessiterait d’être évalué plus précisément chez l’homme.
Enfin, autre élément nouveau, la mise en évidence d’un effet de perturbation endocrinienne pour l’EGME pose la question du lien avec le cancer du sein et plaide pour une évaluation plus complète d’un tel effet de cet éther de glycol et de ses homologues.
A la lumière des quatre-vingt dix auditions5 organisées par votre rapporteur et dont les comptes rendus constituent le tome II du présent rapport, certains doutes ou inquiétudes existent comme indiqué, par exemple, par l’INSERM. Le Collectif éthers de glycol ou M. André CICOLELLA souhaitent que soient trouvés au plus tôt les moyens de réagir à temps pour identifier les dangers des substances négligées tandis que d’autres interlocuteurs se veulent rassurants. Ainsi, pour l’Union des industries chimiques (UIC), de moins en moins d’éthers de glycol dangereux sont présents sur le marché et, pour le SICOS6 OSPA, ce « grand problème » est « complètement sous contrôle ».
- Champ d’investigation : plus de 100 000 substances chimiques et bien davantage de produits, des milliers de marques.
- Études déjà menées : en dépit des nombreuses études françaises (les principales sont rappelées dans le II.C dans la deuxième partie du présent rapport), les investigations effectuées sont loin d’avoir balayé le vaste champ des substances en circulation ni celui de leurs conséquences possibles sur la santé humaine. De plus, beaucoup des études menées nécessitent des prolongements, des actualisations ou des années d’observation avant d’aboutir à des résultats non contestables.
- Études en cours : en complément des études déjà menées il sera rappelé au paragraphe « Recherche » comme dans les développements consacrés à la description du système REACH que des milliers d’études restent à entreprendre.
- Mesures en projet ou intervenues : la mise en place du système européen REACH qui aura de nombreuses retombées en France.
- Questions en suspens : celles qui échappent à l’OPECST, comme l’évaluation même des substances et des produits chimiques, et celles du ressort de l’OPECST, comme l’identification des substances ou produits chimiques ayant déjà causé des dommages sur la santé humaine ou suspectés de risquer de le faire. L’efficacité du système de veille, d’alerte et d’expertise mis en place est-elle à même d’empêcher l’émergence de nouveaux risques ?
- Conclusion : face à l’impossibilité patente pour l’OPECST d’évaluer, de faire évaluer ou même de recenser les évaluations de l’ensemble des substances chimiques présentes sur le marché sous la forme de tel ou tel produit ; et face à l’inutilité d’entreprendre ne serait-ce qu’une partie symbolique de cette tâche démesurée parallèlement à la mise en place du système REACH, il a semblé à l’Office qu’il pouvait être instructif d’identifier un milieu où les substances et produits dangereux - dont les éthers de glycol – rangés ou non dans les placards soumis aux investigations de votre rapporteur seraient particulièrement présents et où leur danger éventuel sur la santé humaine serait mal identifié quoique réel.
Ce milieu n’est autre que l’air intérieur des différentes « boîtes » où se déroule l’existence humaine : (les « boîtes à vivre » que sont les logements et les bureaux comprenant elles-mêmes de nombreuses sous-boîtes ou placards, les « boîtes à voyager » que sont les automobiles, autobus, métro, trains et avions, les « boîtes à loisirs», à savoir les piscines, patinoires, gymnases, discothèques, bars à chichas…). La composition de cet air évolue en fonction de la présence et des pratiques des occupants de ces diverses boîtes, ce qui conditionne l’impact des substances et produits chimiques sur la santé.
Dès l’abord, une première analyse des auditions laisse entrevoir que la qualité de l’environnement intérieur constitue un enjeu sanitaire majeur, alors qu’institutionnellement cet environnement n’est encore pris en charge que marginalement, avec des moyens très modestes sans commune mesure avec ceux mis en œuvre pour l’environnement extérieur. Il apparaît pourtant bien établi aujourd’hui que l’environnement intérieur est davantage pollué, quantitativement et qualitativement, que l’environnement extérieur. La faiblesse de la prise en compte de cette réalité s’explique à la fois par la nouveauté de la question posée et par le fait que le contrôle de cet environnement relève largement du domaine de la sphère privée.
Quant aux risques pour la santé résultant de l’environnement intérieur, plusieurs approches, non exclusives les unes des autres sont possibles. Ainsi, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC – voir son audition) a identifié comme premier risque la fumée de tabac environnementale ; M. Tony MUSU, de la Confédération européenne des syndicats (voir audition), a souligné qu’il entendait que soit assurée la primauté du respect de la santé par rapport à la défense de l’emploi, et le Dr. Pierre LEBAILLY, du programme AGRICAN (voir audition), s’est intéressé aux impacts des produits phytopharmaceutiques utilisés par les agriculteurs qui constituent un risque majeur pour la santé de cette profession et même pour celle de leur famille du fait de l’air intérieur des habitats agricoles.
LES DIVERSES APPROCHES POUR RÉPONDRE AUX QUESTIONS POSÉES
L’évaluation des dangers causés ou non par une substance chimique peut être tentée à partir de diverses approches. Par la substance chimique, par les produits qui la contiennent, par les marques recouvrant ces produits, par le milieu d’usage des substances et produits, par les pathologies liées aux substances et produits, par les populations sensibles, par l’évaluation du risque sanitaire ou encore par la classification des agents environnementaux cancérogènes.
En ce qui concerne l’air intérieur, il résulte des travaux du CIRC comme de ceux de l’Environmental Protection Agency (EPA) nord-américaine que quatre catégories d’organismes vivants, de substances et de phénomènes physiques sont susceptibles d’être cancérogènes : les biocontaminants, les composés chimiques, leurs mélanges dont les particules fines et les agents physiques.
L’APPROCHE PAR LA SUBSTANCE CHIMIQUE
L’analyse a priori des effets de toutes les substances chimiques apparaît impossible vu leur très grand nombre et, cependant, la nécessité d’une telle analyse s’impose. Toutefois, une analyse a priori ne saurait pas forcément prévoir tous les effets découlant, parfois à très long terme, de l’utilisation d’une substance.
Traditionnellement, le risque sanitaire environnemental des substances chimiques est identifié et évalué substance par substance Parfois sont effectuées des évaluations de risque associé pour obtenir une vision des risques au cours du temps, pour toutes les sources, tous les compartiments environnementaux et toutes les voies d’exposition.
Seules seront examinées dans ce rapport certaines substances particulièrement dangereuses en elles-mêmes et en terme de santé publique.
Sont considérées comme particulièrement dangereuses les substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) qui sont les substances évaluées en priorité par l’Union européenne notamment dans le cadre du règlement REACH. A l’heure de l’émergence d’un pôle de compétences international « neurosciences », il serait intéressant d’y faire figurer les neurotoxiques.
Les substances cancérogènes (C) sont les substances et préparations qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peuvent provoquer un ou plusieurs cancers ou en augmenter la fréquence.
Les substances mutagènes (M) sont les substances et préparations qui, par les mêmes voies, peuvent produire des défauts génétiques héréditaires ou en augmenter la fréquence
Les substances toxiques pour la reproduction (R) sont les substances et préparations qui, par les mêmes voies, peuvent produire ou augmenter la fréquence d’effets nocifs non héréditaires dans la progéniture ou porter atteinte aux fonctions ou capacités reproductives.
Dans la mesure du possible, au-delà de l’examen de quelques substances chimiques, seuls quelques produits considérés comme les plus dangereux, ou considérés comme les plus dangereux compte tenu du décalage entre leur réel danger et leur supposée innocuité, seront signalés dans le présent rapport.
Pour ce faire, il a été noté que la même substance incorporée dans divers produits peut l’être sous des appellations différentes. C’est le cas en particulier dans le secteur des cosmétiques où une même substance peut avoir été répertoriée sous une trentaine d’appellations différentes comme cela a été souligné par le Dr. Monique MATHIEU-NOLF du Centre antipoison de Lille (voir page 5 de son audition) même si certains industriels se défendent de recourir à de telles pratiques. Pour sa part, le Pr. Armand LATTES, Président de la Société française de chimie (SFC), qui promeut une chimie verte, soutient que la substitution de tous les éthers de glycol est possible au prix d’un effort de recherche accru (voir audition). C’est en effet un enjeu de société que de passer d’une chimie regardée, parfois avec raison, de façon sourcilleuse, à une chimie de précaution, d’innovation par la substitution, tournée vers le développement durable.
L’APPROCHE PAR LES CATÉGORIES DE PRODUITS OU PAR LES PRODUITS
Le nombre des produits contenant des substances dangereuses pour la santé humaine est bien plus important que celui des substances elles-mêmes. De plus, il est fréquent que l’appellation des produits change tous les deux à trois ans pour des raisons commerciales sans que la composition du produit soit réellement différente pour autant.
Inversement, un produit de traitement du bois bien connu, à la toxicité reconnue et dénoncée depuis plusieurs années, a changé de composition sans changer de nom commercial.
Pour établir une nomenclature des produits, le caractère mouvant de la composition des produits comme le caractère évolutif de leurs appellations rend très difficile, voire impossible le travail des centres antipoison et compromet la communication entre eux.
Une attitude plus prononcée de coopération est attendue des industriels qui estiment, pour leur part, coopérer déjà très largement.
Pour faciliter la compréhension des consommateurs, la composition des produits ne devrait pas pouvoir être indiquée en texte libre.
Ont notamment insisté en ce sens lors de leur audition, le Dr. Robert GARNIER du Centre antipoison de Paris, le Dr. Monique MATHIEU-NOLF du Centre antipoison de Lille (pages 5 et 6 de son audition), et pour le ministère de l’environnement, M. Pablo LIBREROS qui a déploré que personne ne se sente plus responsable des produits en circulation (page 4 de son audition).
Certains professionnels comme ceux de la Fédération des industries des peintures, encres, couleurs, colles et adhésifs (FIPEC) ont fait valoir en réponse que la coopération très large des industriels atteignait des limites lorsqu’ils étaient sollicités pour le même objet par plusieurs acteurs publics différents dont les demandes respectives ne semblaient pas coordonnées.
Des suggestions ou recommandations sur ces aspects seront proposées dans la partie du rapport traitant de la mission d’alerte exercée par les centres antipoison et les centres de toxicovigilance.
L’APPROCHE PAR LE MILIEU DE VIE : TRAVAIL, DOMICILE, AUTRES MILIEUX DE LA VIE QUOTIDIENNE
Les approches recueillant des connaissances sur ces divers milieux ne sauraient s’exclure lorsqu’il s’agit de cerner les atteintes subies par la santé humaine du fait de substances chimiques. En effet, les doses absorbées durant le temps de travail vont se cumuler avec celles reçues en dehors de l’activité professionnelle. En outre, ces approches peuvent s’enrichir mutuellement. En effet, la meilleure observation des pathologies dans le milieu de travail peut faire gagner un temps précieux pour l’identification des effets d’une substance dangereuse présente également dans les milieux de vie extra professionnels. C’est également sur le lieu de travail qu’ont été définis des seuils de danger, des valeurs limites à ne pas dépasser. Cependant cette approche ne peut être transposée telle quelle, car le monde du travail industriel est essentiellement composé d’hommes adultes en bonne santé, et, dans le meilleur des cas, bénéficiant de la vigilance de la médecine du travail.
Dans son « Recueil des principaux problèmes de santé en France » de 2002, établi d’après les rapports « La santé en France : 1994, 1998 et 2002 », le Haut Comité de la santé publique a relevé (page 157) que « la quasi-totalité des agents cancérogènes pour l’homme ont à l’origine été identifiés dans des populations exposées professionnellement (dont l’amiante) ».
Pour les éthers de glycol, ce sont des intoxications aiguës dans le secteur de la fabrication des cols de chemises qui ont révélé les effets neurologiques de ces substances ; puis des effets hématologiques et testiculaires ont été constatés par des médecins du travail chez des personnes exposées à des concentrations fortes d’éthers de glycol. Plus récemment, le drame des ouvrières mexicaines contaminées dont les enfants ont été victimes de malformation – même les enfants nés et conçus après le temps d’exposition – a révélé l’impérieuse nécessité d’une meilleure prise en compte des risques.
La succession des activités au cours de la journée ou des circonstances fortuites mêlant diverses activités montre qu’une séparation trop rigide entre les divers milieux de vie n’a pas lieu d’être :
- les doses reçues au cours du temps de travail se cumulent avec celles reçues dans les transports, au cours des loisirs ou à domicile ;
- les doses diffusées à l’occasion d’un usage professionnel peuvent contaminer un public imprévu.
C’est ainsi qu’en pulvérisant des biocides sur une haie jouxtant la cour de récréation d’une école maternelle, des jardiniers municipaux ont contaminé des enfants.
Comme l’avait relevé l’OPECST en 2005, dans son rapport sur le renforcement de la veille sanitaire: « beaucoup de risques ne se segmentent pas ».
En conséquence, tout cloisonnement de l’étude des divers milieux d’utilisation des substances et produits chimiques serait artificiel et contre-productif pour l’étude des effets de ces substances et produits sur la santé humaine.
Est-il possible d’attendre du règlement REACH qu’il mette fin à l’usage de toutes les substances nuisibles pour la santé ? Non, car il va laisser d’importantes difficultés subsister : par exemple, du fait du faible tonnage de substances dangereuses employées par le secteur des cosmétiques, celles-ci échappent au contrôle de REACH alors que les contacts avec la peau sont nombreux. Mais il est vrai que la directive cosmétiques, bien antérieure à REACH, s’applique toujours (voir l’audition de la Direction générale des entreprises du MINEFI).
Or l’AFSSAPS (voir son audition) a montré qu’une faible quantité d’une substance donnée ne garantit pas une absence de danger. Comme la contamination par l’amiante ou celle due à certains éthers de glycol l’ont montré, l’exposition à une faible dose ou d’une courte durée ne garantit pas davantage une absence de risque. Dans le cas d’atteinte du développement embryofœtal causé par des éthers de glycol, des expositions de courte durée peuvent induire un impact sévère qui peut se révéler à l’âge adulte.
Beaucoup de personnes entendues ont critiqué les cloisonnements opérés entre les divers milieux, les diverses expositions tandis que certaines, au contraire, ne comptaient pas remettre en cause leurs habitudes de travail ou leur schéma de pensée liés, par exemple, à l’étude exclusive de l’air extérieur et non à celle de l’air intérieur sans pouvoir expliquer pour autant ce que l’air intérieur pourrait être d’autre que de l’air extérieur confiné.
C’est ainsi que l’Institut français de l’environnement (IFEN – voir son audition) a constaté, sans souhaiter y remédier par lui-même qu’il n’existe pas d’équivalent de l’IFEN pour l’air intérieur et que le CITEPA (voir son audition) a insisté sur son intérêt exclusif pour l’étude des particules primaires, or 80 % des particules de l’air sont des particules secondaires, c'est-à-dire celles remises en circulation ou transformées.
A l’inverse, la prise de conscience de la nécessité de supprimer ces cloisonnements est à l’origine de la naissance d’une discipline scientifique, qui est la science de l’évaluation de l’exposition appelée aussi expologie.
SUGGESTIONS DU RAPPORTEUR
- Mission de l’IFEN : l’étendre à l’air intérieur
- Champ d’investigation du CITEPA : l’étendre aux particules secondaires
- Créer un Institut de Veille environnementale à partir de l’IFEN et du CITEPA pour avoir une vue d’ensemble de la qualité des milieux et de l’écosystème
- Expologie : la développer comme discipline scientifique
L’APPROCHE PAR LES PATHOLOGIES
Après avoir rappelé que diverses modalités de recensement des pathologies au niveau national existent (grâce aux ministères en charge de la santé ou de l’écologie, aux assurances sociales, au patronat…), les résultats du recensement des substances les plus dangereuses seront examinés.
En combinant les trois approches décrites précédemment, à savoir l’approche par la substance chimique, par les produits, par les milieux, il apparaît qu’il importe de :
- recenser les pathologies les plus graves ;
- identifier leurs liens avec les polluants domestiques ou avec ceux utilisés en milieu professionnel en prenant en considération les sujets atteints (enfants, femmes enceintes, hommes en âge de procréer, personnes asthmatiques, allergiques, immuno-déprimées…) ainsi que leurs pratiques de vie (enfant proche d’un animal traité avec un biocide, par exemple) ;
- repérer les substances et les produits à l’origine de ces pathologies ;
- repérer les substances contenues dans les produits identifiés ;
- s’interroger sur l’emploi des substances dangereuses – a t-il un caractère impérieux ? ;
- identifier des substances ou des produits de substitution.
Quelques points saillants se dégagent.
Ÿ Augmentation annuelle du nombre des cancers entre 1978 et 2000 (en particulier des cancers de la prostate et du sein) ; le cancer est la deuxième cause de mortalité en France et la première cause de mortalité pour les personnes âgées de moins de 65 ans ;
Alors que l’on dispose de données chiffrées concernant l’évolution des cancers au cours des dernières décennies, les autres pathologies en progression (hypofécondité, stérilité, malformations néonatales, troubles endocriniens, allergies, insuffisance rénale) sont moins précisément documentées.
Pour l’OMS en 2006, 24 % des maladies sont causées par des expositions environnementales qui peuvent être évitées. Un tiers de ces maladies touche des enfants de moins de cinq ans.
Quant au cancer, selon l’INSERM7 « l’augmentation de l’incidence des cancers en France, entre 1980 et 2000, est estimée à environ 60 %. Cette augmentation est due en partie au vieillissement de la population ; mais lorsque ce taux d’incidence est standardisé sur l’âge, il reste une augmentation de 30 % de l’incidence des cancers en France ».
Cette augmentation peut résulter à la fois d’un meilleur diagnostic, d’une surveillance plus efficace de la population comme d’une susceptibilité plus importante à développer la pathologie. Qu’en est-il exactement ?
cancers |
1980 nombre de cas |
2000 nombre de cas |
variation |
Hommes |
97.000 |
161.000 |
+ 66 % |
Femmes |
73.000 |
117.000 |
+ 60 % |
Total |
170.000 |
278.000 |
+ 63 % |
Dans cette croissance du nombre de cas, 45 % résulteraient des évolutions démographiques (croissance et vieillissent de la population) et 55 % seraient dus à une progression de la fréquence des cancers à âge constant. Aucune politique de santé publique ne saurait s’en désintéresser.
Ÿ Pas d’augmentation des cancers chez l’enfant en France sur la période 1990-1999 (les cancers les plus fréquents sont les leucémies, les tumeurs cérébrales, rénales ou osseuses) alors qu’une telle augmentation est constatée sur le plan européen de 1970 à 1990. Seule l’exposition aux radiations ionisantes a une responsabilité démontrée. Les champs électromagnétiques d’extrêmement basse fréquence, les pesticides et la pollution atmosphérique générée par le trafic automobile sont suspectés.
Ÿ Explosion prévisible du nombre de cancers du poumon chez les femmes dans les vingt ans à venir alors que ce type de cancer était pratiquement inexistant dans cette population.
Ÿ Anomalies de l’appareil génital pour les deux sexes.
Ÿ Anomalies lors du développement intra-utérin.
Ÿ Détérioration du système nerveux dont augmentation de l’occurrence de la maladie de Parkinson en cas d’exposition professionnelle à certains produits, en particulier aux pesticides.
Mais, pour le CIRC, il y aurait augmentation des cancers de l’enfant en France, entre 1990 et 1999 ; de même, une augmentation est constatée sur le plan européen de 1970 à 2000 (+1 % par an pour le cancer de l’enfant et + 1,5% par an pour le cancer de l’adolescent) avec une accélération de cette tendance. De plus, l’idée que cette augmentation n’ait pas été observée en France est remise en cause par une étude récente de l’ORS Ile de France.
De prime abord, les données semblent divergentes selon les sources consultées. En réalité, ces divergences résultent surtout de différences de présentation ou de méthodologie.
C’est en partie pourquoi les conclusions de l’Institution national du cancer (INCa), celles de l’Académie de médecine, l’Académie des sciences ou de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) ne recoupent pas celles du Pr. Dominique BELPOMME dans son Mémorandum de l’Appel de Paris (voir leurs auditions). La différence vient du fait que, dans un cas, sont prises en compte les données épidémiologiques tandis que, dans l’autre cas, une alerte de santé publique est construite sur un bruit de fond inquiétant résultant de données non exhaustives. Cela illustre en partie le changement de regard induit par le passage d’une logique de prévention à une logique de précaution.
L’APPROCHE PAR LES POPULATIONS SENSIBLES
L’embryon et le fœtus
Au cours du stade embryonnaire, c’est à dire des huit premières semaines de la vie, se forment les organes, les testicules se différencient, la plaque neurale (cerveau) se constitue puis le cœur.
L’immaturité des défenses (systèmes enzymatiques non encore développés) et l’absence de formation complète des organes (exemple : le rein durant les six premiers mois, d’où un temps d’élimination plus élevé des médicaments) accroissent la vulnérabilité à tout xénobiotique8.
Par exemple, la contamination par des substances en quantité infime, comme les perturbateurs endocriniens, issus de pesticides ou de phtalates, durant les semaines de formation de l’appareil urogénital de l’embryon suffit à induire de graves malformations et des pathologies définitives.
Certaines étapes essentielles de l’embryogenèse ne durent que quelques jours, voire une journée, ce qui signifie que peut être retenue la journée comme période critique à l’exposition, éventuellement unique, à un produit toxique.
Cela a des implications importantes en ce qui concerne l’exposition domestique à des polluants qui est par nature le plus souvent de courte durée. Cela plaide pour une évaluation globale de l’exposition des personnes au lieu de la seule surveillance de la pollution des milieux. A un moment critique, l’individu peut accumuler des expositions venant de différents milieux, dépassant ainsi le seuil acceptable.
L’enfant
Un enfant n’est pas un petit adulte. Encore moins un petit modèle d’adulte plus résistant que le grand.
80 % des alvéoles pulmonaires sont formées après la naissance. L’enfant échange davantage que l’adulte avec l’environnement : durant les dix premiers mois de sa vie, l’enfant boit deux fois et demie plus d’eau qu’un adulte – ramené aux poids respectifs de chacun – et absorbe quatre fois plus de nourriture. Il est davantage exposé aux poussières qu’il avale souvent.
Enfin, si l’interdiction des phtalates dans les jouets est une bonne initiative, elle n’évite en rien ni la contamination prénatale et ses dommages, via l’exposition maternelle, ni des contaminations ultérieures si la composition des jouets n’est pas soumise à un contrôle permanent.
L’APPROCHE PAR L’ÉVALUATION DU RISQUE SANITAIRE CUMULATIF LIÉ À DES EXPOSITIONS ENVIRONNEMENTALES MULTIPLES
Cette évaluation peut résulter de l’addition de plusieurs risques pris un à un, dite évaluation du risque agrégée, ou d’expositions combinées dans lesquelles jouent les interactions entre les substances, dite évaluation du risque cumulatif ou intégré.
Les méthodes d’évaluation du risque cumulatif pour la santé liées à des expositions combinées butent sur le caractère limité des connaissances scientifiques actuelles. D’où le silence des guides méthodologiques nationaux sur les méthodes d’évaluation du risque cumulatif pour la santé lié à des expositions combinées.
Pour beaucoup d’instances scientifiques internationales, comme pour l’AFSSET (voir son audition), l’étude des conséquences pour la santé d’expositions complexes à des agents physiques, chimiques ou biologiques est devenue absolument nécessaire.
Le projet européen INTARESE (2006-2011) tend à étudier les évaluations intégrées et les risques liés aux stress environnementaux et leurs interactions et à évaluer les expositions humaines combinées.
Il est primordial de mener de telles recherches.
L’étude des conséquences sur la santé des expositions multiples complexes apparaît indispensable.
Cela est confirmé par l’AFSSET dans son étude intitulée « Évaluation du risque sanitaire cumulatif lié à des expositions environnementales multiples ».
LA CLASSIFICATION DES AGENTS ENVIRONNEMENTAUX CANCÉROGÈNES, MUTAGÈNES ET REPROTOXIQUES (AGENTS CMR)
La classification des agents environnementaux cancérogènes
Les molécules toxiques sont classées en fonction du niveau de preuve de leur effet cancérogène sur l’homme ou sur l’animal.
Il existe trois classifications principales : celle du CIRC, celle de l’Union européenne et celle de l’EPA, l’agence de l’environnement américaine.
De ces classements découlent des obligations d’étiquetage.
— La classification internationale du C.I.R.C
Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), composante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) localisé à Lyon (voir son audition), a classé les agents, les groupes d’agents, les mélanges cancérogènes et les circonstances d’exposition cancérogènes en quatre groupes :
Groupe 1, agents cancérogènes pour l’être humain : 101 agents ou mélanges de composés fin 2006 (dont l’amiante, la silice cristalline, les composés du chrome hexavalent, l’arsénite de sodium, le cadmium, le benzène, le formaldéhyde, le tabagisme actif et passif, la fumée du tabac, les boissons alcoolisées, les poussières de bois, le ramonage des cheminées, le radon…).
Groupe 2, A, agents probablement cancérogènes pour l’être humain : 69 agents ou mélanges fin 2006 (l’acrylamide, les nitrites et les nitrates, le trichloroéthylène, le tétrachloroéthylène, les insecticides non arsenicaux, les émissions de gaz des fritures à haute température, les lampes et tables à bronzer…).
Groupe 2, B, agents possiblement cancérogènes pour l’être humain (245 agents ou mélanges fin 2006 : paradichlorobenzène, dioxyde de titane, fougères arborescentes, herbicides type 2,4D, insecticides organochlorés, naphtalène, nitrobenzène, noir de carbone, styrène, tétrachlorure de carbone, extraits de bitume, essence auto, fuel, fumées de soudage, gaz d’échappement diesel, hydrocarbures aromatiques polycycliques – issus des gaz d’échappement, poussières de cuir, chloroforme – sous produit de la chloration de l’eau, insecticides non arsenicaux, huiles minérales, ultraviolets, chlordécone, DDT).
Groupe 3, agents non classables quant à leur cancérogénicité pour l’être humain (516 agents ou mélanges fin 2006 (ambrette musquée, coumarine, limonène, toluène).
Groupe 4, agents probablement non cancérogènes pour l’être humain : 1 agent fin 2006 comme substance témoin (caprolactame).
La classification du CIRC n’a pas de valeur réglementaire en France.
A la différence de la classification européenne, la classification du CIRC porte, en plus, sur les agents biologiques (virus, contaminants) et les rayonnements ionisants et non ionisants (rayons X et gamma, radon, UVA, UVB).
— La classification européenne
La classification résultant de la directive 67/548/CEE du 27 juin 1967 modifiée (classification, emballage et étiquetage des substances dangereuses) ne concerne que les substances chimiques. Elle distingue trois catégories :
Catégorie 1, substances cancérogènes pour l’homme (42, fin 2004) ;
Catégorie 2, substances fortement présumées cancérogènes pour l’homme mais pour lesquelles il n’existe aucune donnée sur l’homme (777, fin 2004) ;
Catégorie 3, substances préoccupantes pour l’homme (effets cancérogènes possibles mais évaluation pas satisfaisante, 159, fin 2004) ;
Les substances des catégories 1 et 2 sont presque les mêmes que celles des groupes 1 et 2A de la classification du CIRC mais le nombre des substances évaluées est différent.
Le classement d’une substance dans une catégorie n’est pas immuable et dépend de l’évaluation des groupes d’experts.
Ainsi, le perchloroéthylène, utilisé dans les métiers du pressing, pourrait, a minima, être classé C.M.R en passant de la catégorie 3 à la catégorie 2 au niveau européen ce qui rejoindrait la classification dans le groupe 2A par le CIRC.
La classification européenne a valeur réglementaire en France et figure dans le code du travail.
Quant à la liste des « Produits chimiques cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction. Classification réglementaire », elle figure dans une brochure de l’INRS publiée en 2006 qui reprend la liste des substances figurant à l’annexe I de la directive 67/548/CEE modifiée (annexe I de l’arrêté du 20 avril 1994 modifié).
Classification de l’Union européenne
Classement |
Symbole |
Seuil de concentration |
Phrases de risque |
Cancérogène 1 |
T (toxique) |
Concentration supérieure ou égale à 0,1 % |
R 45 ou R 49 |
Cancérogène 2 |
T |
Concentration supérieure ou égale à 0,1 % |
R 45 ou R 49 |
Cancérogène 3 |
Xn (nocif) |
Concentration supérieure ou égale à 1 % |
R 40 |
Mutagène 1 |
T |
Concentration supérieure ou égale à 0,1 % |
R 46 |
Mutagène 2 |
T |
Concentration supérieure ou égale à 0,1 % |
R 46 |
Mutagène 3 |
Xn |
Concentration supérieure ou égale à 1 % |
R 68 |
Tableau comparatif des divers systèmes de classification de la toxicité des substances
selon le niveau de preuve de leur cancérogénicité
(exposition à long terme à faibles doses)
Niveau de preuve |
CIRC |
Union européenne |
US-EPA |
Cancérogène chez l’homme |
1 |
1 |
A |
Cancérogène probable chez l’homme |
2 A |
2 |
B1 et B2 |
Cancérogène possible chez l’homme |
2 B |
3 |
C |
Inclassable |
3 |
? |
D |
Probablement non Cancérogène |
4 |
? |
E |
La classification du CIRC et la classification européenne sont proches mais non identiques. Elles sont évolutives mais peu souples. C’est ainsi que, même s’il s’appuie sur de solides études, un État européen peut être mis en minorité lorsqu’il demande un changement de groupe ou de catégorie de la classification d’une substance. Cela a été le cas pour un éther de glycol, l’EGBE, que la France avait proposé de classer en cancérogène de catégorie 3 mais cette proposition fut rejetée par l’Union européenne.
SUGGESTION DU RAPPORTEUR
- Classifications retenues par l’Union européenne : les harmoniser avec celles du CIRC.
La classification des agents environnementaux mutagènes
Les substances mutagènes sont classées en trois catégories.
Catégorie 1, substances mutagènes pour l’homme.
Catégorie 2, substances fortement présumées mutagènes pour l’homme.
Catégorie 3, substances préoccupantes pour l’homme.
La classification des agents environnementaux toxiques pour la reproduction
La toxicité pour la reproduction comprend l’altération des fonctions ou de la capacité de reproduction chez l’homme ou la femme et l’induction d’effets néfastes, mais non héréditaires, sur les enfants.
Les effets sur la fertilité masculine ou féminine recouvrent les effets néfastes sur la libido, le comportement sexuel, les différents aspects de la spermatogenèse ou de l’ovogenèse ou sur l’action hormonale ou la réponse physiologique qui perturberaient la capacité de la fécondation, la fécondation elle-même ou le développement de l’ovule fécondé y compris l’implantation.
Depuis les catastrophes causées par les médicaments Thalidomide et Diéthylstilbestrol (DES), est survenue une prise de conscience des risques embryonnaires et fœtaux d’une exposition chimique maternelle.
A partir d’expérimentations animales, un classement des données de toxicité pour la reproduction a été effectué.
Catégorie 1 : substances connues pour altérer la fertilité dans l’espèce humaine et/ou présenter une toxicité pour le développement sur la base d’études épidémiologiques (respectivement 2 et 15 substances fin 2004) ;
Catégorie 2 : substances devant être assimilées à des substances altérant la fertilité humaine et/ou présentant une toxicité pour le développement mises en évidence par des études animales de niveau de preuve élevé (respectivement 14 et 39 substances fin 2004) ;
Catégorie 3 : substances préoccupantes pour la fertilité humaine ou/et pour le développement sur la base d’expérimentations animales, niveau de preuve inférieur à celui de catégorie 2 (respectivement 49 et 22 substances fin 2004).
Classement |
Symbole |
Seuil de concentration |
Phrases de risque |
Reprotoxique 1 |
T (toxique) |
Concentration supérieure ou égale à 0,5 % (0,2 % pour les gaz et vapeurs) |
R 60 et/ou R 61 |
Reprotoxique 2 |
T |
Concentration supérieure ou égale à 0,5 % (0,2 % pour les gaz et vapeurs) |
R 60 et/ou R 61 |
Reprotoxique 3 |
Xn (nocif) |
Concentration supérieure ou égale à 5 % (1 % pour les gaz et vapeurs) |
R 62 et/ou R 63 |
R 60 : effet pouvant altérer la fertilité - R 61 : risque pendant la grossesse d’effets néfastes pour l’enfant
R 62 : risque possible d’altération de la fertilité - R 63 : risque possible pendant la grossesse d’effets néfastes pour l’enfant
A titre d’exemple pour l’Union européenne, sont classées ainsi les substances suivantes :
cancérogène |
mutagène |
reprotoxique | |
benzène |
1 |
2 |
- |
DDT |
3 |
- |
- |
formaldéhyde |
3 |
- |
- |
trichloroéthylène |
2 |
3 |
- |
Éthers de glycol EGDEE EGDME EGEE EGEEA EGME EGMEA DEGDME DEGME TEGDME |
- - - - - - - - - |
- - - - - - - - - |
2 2 2 2 2 2 2 3 2 |
1PG2ME 1PG2MEA |
- - |
- - |
2 2 |
Cette classification n’est pas exempte d’incohérence. A titre d’exemple, le formaldéhyde est, pour le CIRC, un mutagène et un cancérogène confirmé chez l’homme (groupe 1, 2006).
Il appartient à chaque Etat d’établir les seuils d’exposition admis sur son territoire.
Le rapport du CSHPF sur les éthers de glycol reprotoxiques a établi qu’une exposition à la limite autorisée de 0,5 % dans les produits de consommation induisait encore un risque particulièrement élevé pour la femme enceinte dans des scénarios d’exposition domestique banalisés et qu’en conséquence cette valeur devait être reconsidérée car n’étant pas suffisamment protectrice.
D’après l’INRS (voir ses auditions), les produits chimiques les plus préoccupants sont ceux qui sont toxiques pour la reproduction à des niveaux d’exposition qui ne donnent pas d’autres signes de toxicité.
Néanmoins, les cancérogènes vrais chez l’homme, comme le chlorure de vinyle, le benzène, l’amiante, la silice cristalline, le chrome hexavalent, certaines amines aromatiques…sont incontestablement des produits très préoccupants du fait justement de leur cancérogénicité pour l’homme.
Au terme de ce survol des diverses approches possibles, il doit être rappelé que la présence dans les lieux de vie de substances chimiques possédant un potentiel dangereux n’entraîne pas directement un risque pour la santé. En effet, ce risque n’existera qu’en fonction de l’exposition et de la dose reçue.
D’où l’intérêt de l’approche récente par l’expologie qui présente l’avantage de poser la question du scénario de mise en contact, et qui renvoie dos à dos les expertises insuffisantes, voire complaisantes, et les alarmes sans fondement.
Enfin, la classification européenne apparaît incomplète. En effet, elle ne prend pas en compte les perturbateurs endocriniens dont la mise en évidence n’est intervenue qu’après la mise en place de ladite classification.
Or, il apparaît de plus en plus évident que ces substances peuvent expliquer à la fois la croissance des atteintes à la reproduction et celle des cancers hormonodépendants. Leur mode d’action est encore l’objet de débats, mais il apparaît que leur action toxique ne suit pas obligatoirement le vieux principe de toxicologie « c’est la dose qui fait le poison » puisqu’une action à faible dose peut avoir un impact plus fort qu’à forte dose et que l’impact combiné de perturbateurs endocriniens peut être plus fort que celui déduit d’une simple règle d’additivité de leurs effets respectifs. Par ailleurs, ces perturbateurs endocriniens peuvent avoir un impact autre qu’une atteinte à la reproduction ou l’apparition de cancers (par exemple, une entrave au bon développement neurologique par perturbation des hormones thyroïdiennes). De là découle l’intérêt de créer une classification des substances chimiques par rapport à leur capacité de perturbation du système endocrinien, comme l’Union européenne a commencé à le faire.
SUGGESTION DU RAPPORTEUR
- Classification européenne des substances chimiques : créer une nouvelle classification portant sur les perturbateurs endocriniens en plus des classifications des cancérogènes, des mutagènes et des toxiques pour la reproduction
l’identification dES prioritéS de santé publique
Pour choisir les thèmes objets du présent rapport et les substances à considérer en priorité, s’est posée la question des critères d’identification des priorités de santé publique.
Parmi les critères habituellement retenus figurent :
- le nombre de malades ou de morts,
- les inégalités entre les personnes (milieu de travail, localisation de l’habitat, qualité de l’habitat…)
- la sensibilité de l’opinion publique.
Le dernier de ces trois critères devrait résulter des deux premiers. Mais, que ce soit ou non le cas, il est à écarter comme n’étant qu’une simple résultante ou, à l’inverse, seulement l’expression d’une peur irrationnelle.
Les deux premiers critères doivent être analysés ensemble. Le second va désigner les lieux où il est nécessaire d’agir tandis que le premier critère va désigner les priorités d’action entre ces lieux, ce sera donc le critère retenu dans le présent rapport, tout en notant qu’il existe aussi des pathologies sans traçabilité faute d’enquête sur le sujet.
Du point de vue du nombre de malades ou de morts causés par eux, l’alcool et le tabac constituent des priorités. Seul le tabac concerne l’air intérieur.
Comment agir efficacement contre ce fléau ?
D’abord en réduisant les expositions les plus élevées et celles qui affectent le plus de personnes en application du principe de proportionnalité, donc le tabac dans les lieux publics les plus enfumés que sont les discothèques et les bars. Curieusement, avant 2007, et même encore avec le décret de 2006, entré en vigueur en 2007, c’est le contraire qui a été fait. Pourquoi ? Serait-ce parce que ces lieux sont aussi pour les jeunes des lieux d’apprentissage simultané de la dépendance à ces deux drogues d’usage courant, le tabac et l’alcool ?
— Des substances chimiques dans le sang du cordon ombilical
Il est maintenant établi que des substances chimiques dangereuses sont présentes dans le sang du cordon ombilical. Nul ne conteste que ces substances proviennent du contact de la mère avec celles-ci et qu’elles ont traversé le placenta.
Une étude intitulée « Toxiques en héritage » mettant ce fait important en relief a été menée en 2005 par le laboratoire TNO pour Greenpeace (voir son audition) et le WWF du Royaume-Uni (voir l’audition de WWF-France).
La transmission involontaire par la mère de substances dangereuses à son enfant à naître renforce les inquiétudes sur nombre de substances chimiques d’autant que cette transmission se poursuit au cours de l’allaitement.
En effet, les substances persistantes, pour la plupart lipophiles, accumulées dans l’organisme de la femme au cours de sa vie sont éliminées lorsque ses réserves de graisse sont mobilisées, ce qui est le cas lors de la grossesse et de l’allaitement. Il a été observé que plus les femmes avaient eu d’enfants, plus leurs propres concentrations en polychlorobiphényles (PCB) ou en dioxines étaient basses.
Dans l’étude citée, huit groupes de substances chimiques ont été recherchés : pesticides organochlorés, phtalates, bisphénol-A, retardateurs de flamme organo bromés (TBBP-A), triclosan, composés perfluorés, alkylphénols et muscs artificiels. Ces groupes de substances sont présents dans des produits d’usage très quotidien : ordinateurs, jouets, parfums, tee-shirts et chaussures, par exemple.
Les tableaux ci-dessous résument les principaux résultats de l’étude citée.
Origine et effets des substances chimiques d’usage courant présentes dans le sang du cordon ombilical
Produits d’usage courant |
Substance chimique incorporée |
Effets sur la santé |
Appareils électriques et industriels, véhicules, panneaux isolants, textiles, moquettes, câbles, éclairages, pièces de mobilier, matériaux d’emballage et d’isolation (polystyrène) Pièces en polymères époxydiques (cartes de circuits imprimés des ordinateurs et des postes de télévision) |
Retardateurs de flamme bromés (2 des 3 PBDE interdits dans l’Union européenne en 2004) Déca-PBDE, HBCD TBBP-A Présents dans l’air intérieur |
Soupçons de problèmes comportementaux et d’apprentissage chez les enfants exposés in utero. Altération des fonctions d’apprentissage et mnémoniques chez les animaux Perturbateurs œstrogéniques (organes sexuels et thyroïde) Effets toxiques sur le système immunitaire |
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